Boudro

Bien des couleurs ont goûtés aux toiles de Guy Boudro depuis 1984, l’année de ses 16 ans où il a commencé à peindre avec son prof de l’époque, Pierre Duhamel. Depuis sa rencontre avec New York à la fin des années 80, il a défini un style, le sien, en présentant une qualité qu’il s’est lui-même imposée, sans compromis.

Son inspiration de prédilection, le taxi, sur laquelle il a bâti sa notoriété internationale, a fait de lui un artiste peintre accompli, mais qui est à la fois bien branché sur ses racines. Voilà pourquoi il préfère demeurer à Saint-Basile-le-Grand, depuis dix ans, avec ses deux enfants, et voir New York de quatre à cinq fois par année avec l’œil d’un touriste. Traversé par le leitmotiv du yellow cab new-yorkais, la production picturale de Boudro repose sur une esthétique fortement nourrie par la bande dessinée, mais qui tente à devenir plus photographique par moment.

Entre la promotion de ses œuvres, qu’il fait lui-même, les concepts, les expositions d’envergure et plus de 200 toiles chaque année, il consacre du temps comme président de l’Association des artistes de la Rive-Sud (A.A.P.A.R.S) et pour le Symposium des arts de Saint-Basile, comme conférencier notamment.

Pour cet artiste, l’art de se promouvoir est un complément de l’art de créer, mais pour réussir à s’accomplir, il faut aussi prendre le temps… de se trouver. “J’ai pris mon temps, je n’ai pas accepté n’importe quel projet”, a-t-il expliqué en entrevue. Il n’est pas arrogant, seulement conscient qu’il fallait être soucieux des détails qui l’aideraient à devenir un artiste distinct. Il y a cependant un prix à payer. “J’ai travaillé des années en marketing, notamment, explique-t-il, tout en peignant les soirs et les fins de semaine. C’était des semaines de fou!”

En 2002, il a réussi un coup fumant en organisant une exposition le 11 septembre, soit l’année suivant les attentats terroristes. Avec une quarantaine de toiles, dans le loft d’un ami, taxi à l’entrée, machine à bretzels, garde du corps et plusieurs autres éléments branchés que l’on ne voit surtout pas dans des événements artistiques du genre, il a présenté New York sous un autre jour, franchissant ainsi un grand pas vers une notoriété aujourd’hui enviable. “Le lendemain de cette soirée, j’ai décidé de démissionner de mon poste au Club Med World et de me lancer à temps plein en peinture”, a-t-il confié. Près de cinq ans plus tard, son histoire lui prouve que sa décision était la bonne. Au cours des dix dernières années, Boudro a été l’objet d’une douzaine d’expositions solo, entre autres chez Steuben en 2001, puis en 2002 à Wall Street et au prestigieux Novotel de Times Square. Il a aussi fait partie de plusieurs expositions de groupe, dont deux fois à l’ONU, soit en 2002 et 2003.

Bref, Guy Boudro est désormais Boudro international inc. et sa manière de vendre et de promouvoir son art n’est pas étrangère à ses succès. “C’était difficile au début avec le stress financier, explique l’artiste, mais à force de persévérer pour quelque chose à laquelle je crois, des occasions se sont présentées. J’ai aussi décidé de faire ma propre promotion. Plein d’artistes sont bourrés de talent, mais ont de la difficulté à se vendre.” Il le fait sans doute de belle façon puisque les concepts qu’il présente aux clients de tous azimuts et de tout genre fonctionnent. De la toile en forme de casse-tête aux reproductions sur une céramique haut de gamme, il trouve le je-ne-sais-quoi pour rendre “glamour” l’art qu’est la peinture.

De New York à Saint-Basile

Né à Sept-Îles en 1967, cet artiste est un résidant de Saint-Basile depuis plus de dix ans. Avec le succès des années passées, pourquoi donc demeurer ici plutôt que dans sa ville fétiche? “J’ai déjà songé à m’installer à New York, admet-il, mais les enfants changent notre perception, d’une part, et je porte un regard différent sur la ville étant donné que j’y vais en moyenne de quatre à cinq fois par année. L’architecture, un panneau, l’angle d’une rue… Je vois des choses que je ne verrais plus, selon moi, si j’habitais en permanence là-bas.”

Il n’est pas exclu non plus que l’artiste grandbasilois réoriente son style pour le rendre encore plus international. “Je pourrais aussi m’inspirer d’autres grandes villes. La société de consommation, avec plusieurs formes et symboles reliés au thème, est aussi une source d’inspiration qui pourrait mieux s’adapter à l’international”, a-t-il ajouté. Peut-être que le taxi deviendra un des symboles forts symbolisant une société qui nous bombarde de messages publicitaires?